So Alone de Johnny Thunders So Alone
Punk Rock

Johnny Thunders
So Alone

CBGB

Le son de New York

Sur le rock, le jazz, le Hip hop et même le classique, New York City imprime sa marque. Comme ces filtres de couleurs qu’on applique aujourd’hui sur les photographies de nos téléphones portables. Le son NY existe. Il est rugueux, sépia. Il est romantique et vif. Il sent le gaz des avenues sans fin. Il sent le vieux building, le vent sec et la lumière jaune. Quelque chose d’une île, avec son océan bleu pétrole, son coeur vert et moite, Central Park, et le cri constant des larges voitures. Elle est présente, cette ambiance, dans chacun des silences qui séparent les accords du Dylan de Greenwich, dans cette note continue et stridente de John Cale aux tréfonds des morceaux du Velvet, dans les beats salés de RZA, dans tous les riffs des Strokes, dans les voix de Lou Reed, des Dolls, des Ramones, du Wu Tang, dans l’écho éternel du feu CBGB.
Thunders

Johnny Thunders, Prince de la ville

Le prince de la cité est un junkie, un fantôme sale et maigre. Johnny Thunders. Star sans renommée, gratteux des New-York Dolls et des Heartbrakers. Les bras en emmental, les doigts noirs, le visage creusé, osseux et les cheveux qui luisent. Un habitué des matelas trop mous et des draps graisseux du Chelsea Hotel. Maître artisan du fix. À faire plus de piquouzes en un mois que toute infirmière en une vie. La fin, on la connaît. Toujours la même. Ta seule amie. Le premier repos.

Ask me no questions

Casquette noire de dandy punk

Il a laissé cette perle. So Alone. C’est sa plus belle trace. J’écoute ce disque dans la caisse quand il pleut sur Paris, la nuit. Pour moi, c’est comme le rouge et le fromage. Indissociable. L’eau forme des gouttes sur le pare-brise, ce sont de minuscules ampoules mobiles dans le jeu des lumières mouvantes. Et Thunders chante. Quelle fierté dans la voix. Ask me no questions and I tell you no lies. Ask me no questions, you’ll be mine tonight. Michel est à côté, il conduit, le regard bleu avec sa casquette noire de dandy punk. Même destinée. Et Thunders chante. Colère androgyne, riffs élégants et subtiles, lignes de basses simples, parfaites, adorables. Il y a tout. L’explosivité et la retenue, les mortelles mélodies, le savoir faire d’un maître rocker.

Il fut retrouvé tout raide, au petit matin.

La chambre était en désordre.

Johnny Thunders c’est toi

L’humain, c’est toi. L’enfant noyé en Méditerranée, c’est toi. La vieille bombardée en pleine nuit, c’est toi. L’Irradiée d’Hiroshima c’est toi. Les déportés, c’est toi. Les nazis, c’est toi. Les collabos, c’est toi. L’ignorance, c’est toi. Le génie, c’est toi. La trahison et la fidélité, c’est toi. Le terroriste, c’est toi. Le résistant aussi, c’est toi. Tous les yeux, toutes les oreilles, tous les mots, toutes les larmes, c’est toi. Le rire du moqueur et le sourire amoureux, c’est toi. Le clochard, c’est toi. Donald Trump, c’est toi. La sagesse, la brutalité, c’est toi. Toutes les veuves, tous les orphelins du monde, c’est toi.

N’oublie pas.

T’es belle.

I lick your face.

Bonus

Allen Meurisse

Note : 4.5/5

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