Road to Rouen de Supergrass Road to Rouen de Supergrass

Supergrass
Road to Rouen

Le jugement du monde

« Quant au jugement du monde, je m’en lave les mains ». Elle l’aimait bien, Claire, cette citation de Jane Eyre. C’est pour çà, sans doute, qu’elle se trimballait toujours avec un doigt dans le slip. Dans la rue, le métro, le taxi, le bus. Elle avait mis au point un système discret ; un genre de grande poche qui lui permettait de maintenir son doigt là, contre la peau, à quelques centimètres du nombril.

Mise en bouche

2005. La mode n’était déjà plus au compact disc. On écoutait Supergrass, l’après-midi. L’Ipod était relié à la chaine que ses parents lui avaient laissé. Un appartement vaste et clair ; comme on en trouve derrière le Bon Marché. Un appartement bourgeois. Des plafonds blancs et du plancher. Des miroirs, des toiles modernes. La chaine hi-fi était vieille, massive, elle envoyait du bois. La mise en bouche, Tales of Endurance se présente comme un instrumental, un dialogue tendu entre la guitare accoustique et un slide de Gaz Coombes. Floydien, déjà. Et puis des éclats de cuivres. Gros clin d’oeil à Atom Earth Mother, l’album à la vache.

Gros clins d’oeil

Road to Rouen est propice à la conversation. Il est truffé de références. Pink Floyd, Lennon, Bowie. C’est comme un jeu.

Low C évoque John Lennon. Y a pas de doute possible. Jusque dans l’interprétation de Coombes.

Mais si Supergrass viole l’histoire du Rock, c’est pour lui faire de beaux enfants. Originaux. Fiers. Avec de grands yeux mélancoliques.

De grands yeux mélancoliques

A part le délicieux Coffee in the pot, sorte de western Cartoon totalement hilarant, Road to Rouen est un album au sourire triste. L’avant dernier effort de Supergrass. Même les accords majeurs ont quelque chose de crépusculaire. Claire a sorti la main de son slip. Elle se contemple dans le miroir. Le visage est étroit. Elle se maquille avec douceur. Les gestes sont minimalistes, retenus. Cérémonie, rituel, invocation. C’est la chambre des thés. Ce qui se voit à peine saute aux yeux. Elle saisit sans les regarder les petites boites et les petits flacons. Je crois qu’elle ne sourit jamais. Une grimace mince tout au plus, sous le grain de beauté. On écoute Saint Petersbourg.

Saint Petersbourg

Ce morceau véhicule un spleen saisissant. L’après-midi touche à sa fin. Claire doit rejoindre son cabinet. Putain d’élégance des filles du 6ème. Elle va marcher jusqu’à Sèvres-Babylone avec son imper et sa grande poche.

Je ne saurai jamais si elle se touche pendant les consultations.

Allen Meurisse

Note : 4.6/5

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