Wish you were here de Pink Floyd Wish you were here
blues planant

Pink Floyd
Wish you were here

Syd Barrett ressemblait à un hibou

Syd Barrett

T’aurais dû voir sa tête, jeune, à Syd Barrett, ma chérie. Une sorte de Pierrot la lune avec du noir autour des yeux. C’est lui qui a fondé Pink Floyd en 65. Il était perché comme on dit. Il gobait dans tous les sens. Du genre « si t’en veux y’en a ». Il avait une sacrée drôle de façon de jouer de la gratte, il faisait des enchaînements d’accords très particuliers avec sa voix traînante. Puis il est devenu fou. Il est resté scotché. Les autres ont continué sans lui. Il est retourné vivre chez sa mère.

En tous cas, Wish you were here, c’est pour lui. Là, Waters et Gilmour sont à leur sommet. Mason et Wright aussi. Bien sûr. Entre les states et Abbey Road, la Mecque du rock anglais. Donc, c’est un album hommage du genre poignant. Les titres font tous référence à leur destinée commune de rosbeef géniaux. Quand la gloire est bien installée. Ce qui a perdu Barrett.

Shine on you crazy diamond (on va en reparler), c’est Barrett. Le diamant fou qui brille encore ; qui doit continuer à briller. Il est devenu gros, il a rasé ses boucles brunes. Il vit avachi dans le canapé de sa mère à regarder des cartoons.

Have a cigar, c’est l’inhumanité de cette industrie ; Welcome to the machine et « Wish », pas besoin de te faire un dessin.

Allez, brille, mon gros diamant fou

Quand Roger est arrivé, à l’automne 75, je me gavais de Pinot noir dans un pub de Wimbledon. Il m’a filé le vinyle puis on a parlé d’autre chose. On a trinqué. Son gros blase est devenu tout rouge.

C’est le soir que j’ai pris ma claque. J’ai tout arrêté. Ca commence fort. Shine on. Jamais avant, jamais depuis, je n’avais entendu un blues à ce point planant. A courir torse nu dans les vergers de Tchernobyl, le truc. Un blues lent. Bleu, posé sur des vagues de synthé qui n’ont rien de synthétique. Organique, les nappes. Et la guitare de Gilmour, sombre et nette comme une piquouse. Et les voix qui s’envolent. Putain d’envolées. Le tout avec une élégance absolue. Pas de gras. Pas de facilité. Intransigeant mais beau à faire chialer ton pote Booba.

Welcome to the Machine


C’est le souffle des machines qui ouvre le bal, rejoint par une basse menaçante. Puis la guitare acoustique déchire ce paysage industriel, tout en luminosité rêche. Un accord mineur que souligne un synthé angoissé. La voix arrachante de Waters annonce « Welcome my son, welcome to the machine » et derrière, on entend le calme velouté de Gilmour. Ah, ma puce, le désespoir. Ce morceau, c’est l’extension du domaine de la lutte de Houellebecq. Les rêves d’enfance n’y peuvent rien. Ce sont ces jets de laser, comme juchés sur des montées grandioses, qui s’échouent dans le néant. Le passé n’existe plus. Il n’y a pas d’avenir. Il n’y a que la machine, placide, monstrueuse, intemporelle. Cette chanson sublime, c’est la puissance de la résignation. Au delà du cynisme, la solitude insensée de la conscience dans le fracas hasardeux des matières.

Alors, quelles sont-elles, ces émotions ? Est-ce désespoir face à l’inéluctable ? Ou est-ce la fascination de l’homme au fantastique spectacle de l’incompréhensible : l’éruption volcanique, le raz de marée, l’infinité de l’espace ?

Tu t’en fous ? Profites-en.

Welcome my son, welcome to the machine.
Where have you been?
It’s alright we know where you’ve been.
You’ve been in the pipeline, filling in time,
Provided with toys and ‘Scouting for Boys’.
You brought a guitar to punish your ma,
And you didn’t like school, and you
Know you’re nobody’s fool,
So welcome to the machine.

Nobody knows where you are, how near or how far.

Certaines apparitions passent inaperçu, bébé. Alors que chacun vaque à ses occupations, que la journée glisse comme une vipère sur Abbey Road, personne ne porte attention au gros mec chauve, vêtu de noir, qui s’est vautré par terre, dans un coin. Il lit un comic américain, je crois. C’est Roger Waters qui le reconnait. Syd ? Syd Barrett ? Il ne bronche pas, le gros. Il pose ses yeux noirs, vides, sur les Pink Floyd qui pleurent, littéralement. How I wish you were here, Syd.

A la source de ces larmes de millionnaires, l’empathie, bien sûr, la nostalgie, mais aussi la peur, la terreur.

Did they get you to trade your heroes for ghosts ?

La machine avait frappé. Elle avait emporté le premier des leurs. Jusqu’à sa mort en 2006, Syd incarnera leur jeunesse mort-vivante ; une ombre concrète, une présence inaccessible, coincée entre deux états d’existence.

Wish you were here

Ce disque est le plus formidable hommage d’un groupe à son fondateur. Un sommet de blues electro-acoustique où la légèreté et la douceur ne sont que des manifestations fugaces, maigres éclairs dans la nuit ; des hologrammes flous… en suspension.

Tu vas kiffer, quoi.

Allen Meurisse

Note : 5/5

Si vous aimez Wish you were here par Pink Floyd, merci de
Partager ce billetx fermer

Vous êtes invité à partager sur Facebook ou sur Twitter

D'autres critiques Rock ici :

Plan du site