Electronica de Jean-Michel Jarre Electronica
electroniques

Jean-Michel Jarre
Electronica

Voir à pas oublier les mots bleus

Putain que c’est dur de parler de Jarre, ma belle. C’est cornélien (rien à voir avec Cornouille, sois rassurée). Avant de tirer sur l’ambulance, il faut être honnête, un tantinet : ce mec a (eu) du génie pour écrire des chansons. Rien à voir avec sa musique électronique, du coup. Car c’est lui l’auteur de deux de mes textes de chanson préférés. « Les mots bleus » et « les paradis perdus » de Christophe.

Il est cinq heures au clocher de l’Église
Dans le square les arbres poétisent
Une fille va sortir de la mairie…

Ça c’est les mots bleus. Mon pote Bashung en a fait une reprise si poignante que Christophe lui même la préfère à l’originale.

Dandy, un peu vieilli, un peu maudit
Dans ce luxe qui s’effondre…

Ça c’est les Paradis Perdus. Elle constitue la bande son du film « quand j’étais chanteur » avec le colosse Depardieu et la belle Cécile de France.
Mais qu’elles sont belles, ces chansons, j’en suis resté sur la raie. Estomaqué. C’était lui, ce drôle de type déjà kitsch 15 jours après le début de sa carrière. C’était Jean-Michel.

Les Paradis Perdus

Je m’appelle jean-Michel

On va pas se cacher, au royaume du cool, être français et s’appeler Jean-Michel, y a mieux. Jarre a incarné avec brio le ridicule à la française. La vraie French Touch. Cheveux longs dans la nuque, puis toute une série de coupes improbables, un ego à la Delon, des synthés massifs, multicolores, en forme de tout et n’importe quoi, d’énormes shows sons et lumières totalement disproportionnés vu la qualité de ses albums.

Dans le fond, il s’amuse Jean-Michel, c’est plus un chercheur qu’un compositeur (il a fait le GRM de Schaeffer). Il cherche des sons. Très nouveaux à l’époque, les seventies – aujourd’hui encore on le voit s’éclater comme un gamin avec toutes ses machines. Puis il pond des mélodies, des ambiances sonores qui vont du très bon, quand même (Oxygène), à des trucs techno pop radicalement inaudibles. Au passage, il épouse la sublime Charlotte Rampling, mon ex, tout tranquillement.

A question of Blood, Jarre, John Carpenter

Le DAFT complexe

Je sais pas si tu te souviens, mais en 2013, les Daft Punk ont cassé leur tirelire et se sont offerts un album plaqué or avec le gratin du gratin des musiciens et des interprètes. Un gros bon album de producteurs. Et puis ils ont cartonné, monstrueusement cartonné. Et là, à mon sens, Jean-Michel s’est dit : « Hey ! Ho ! Merde ! Moi aussi ! » Du coup, je sais pas s’il a cassé sa tirelire, mais en tous cas, il a ramené Air, Massive Attack, M83, Tangerine Dream, l’immonde Moby pour faire son album plaqué or A LUI. Des collaborations, quoi.

L’inconvénient, ma puce, c’est qu’il n’a pas le sens artistique des Playmobiles de Versailles. Y a pas d’unité dans son disque. Ca part dans tous les sens, comme les fourmis quand Nick Cave s’assoit, cul nul, sur la fourmillière ; çà va du planant profond au Guetta, du plaisant au Guetta, du bien vu au Guetta, du culotté au Guetta. En gros, du truc cool au Guetta. Mais moi j’aime bien çà, tout ce qui n’est pas Guetta. J’apprécie son effort, ce geste qui consiste à trouver le son de l’époque, quitte à en singer les pires aspects (Guetta).

Et puis, il y a de jolies réussites. La résurrection de Air dans le morceau « Close Your Eyes » est chiadée, pleine de petits clins d’oeil vintage et « Question of Blood » où John Carpenter confirme son savoir faire : mettre au point des atmosphères puissantes avec quelques synthés faussement naïfs.

Electronica Volume 1

Dispensable, donc, ce disque de Jarre. Ou à écouter une fois ou deux, comme çà, chez le coiffeur.

Par contre, Oxygène, n’hésite pas. Franchement.

Allen Meurisse

Note : 2/5

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