10 Rock Stars au destin funeste

10 Rock Stars au destin funeste

L’immortalité leur a coûté la vie. Les drogues, l’alcool, la dépression et le hasard ne sont-ils pas les différents visages d’un même pacte faustien ? Voyage dans les enfers du rock’n’roll.

1 Janis Joplin

Texas 1943  – Hollywood CA 1970

Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit

Khalil Gibran

A l’adolescence, Janis Joplin est élue « garçon le plus laid du lycée ». Quelques années plus tard, glorieuse et désinhibée, megastar du blues hippie, elle déclare à Léonard Cohen, dans leur chambre du Chelsea Hôtel : « En général, je préfère les beaux mecs, mais pour toi, je vais faire une exception ». La voix de Janis est un hurlement rauque d’une intensité inouïe. Son corps est secoué, comme possédé. Son être est un médium dont s’échappent toutes les énergies. C’est dans un hôtel d’Hollywood qu’elle est retrouvée morte. Le mélange du Whisky et de l’héroïne. Une héroïne qui emporte, dans les semaines qui suivent, des dizaines de personnes dont les dealers eux – même. Elle a 27 ans.

A écouter : Cheap Thrills (1968) avec Big Brother and the Holding Company et le chef d’oeuvre « Pearl » sorti en 1971, quelques semaines après son décès.

2 Kurt Cobain

Aberdeen WA 1967 –  Seattle 1994

I hate myself and I want to die

Kurt Cobain

L’idole absolue des nineties annonce carrément la couleur. Nombre de ses admirateurs tremblent qu’il ne mette en oeuvre ce funeste projet. Il ne s’en prive pas. D’un coup de fusil. Cette âme pure pour qui il est « odieux de suivre autant que de guider » comme dirait Nietzsche, ne supporte pas cette gloire monstrueuse et planétaire. Sa colère et son génie, comme toute les énergies fraiches, sont absorbés par la marchandise. Le chanteur de Nirvana est devenu un objet consensuel, sorte de Michael Jackson Rock. La spirale du désespoir et de la dope nous entraine à cette journée affreuse de 1994. Il a 27 ans.

A écouter : Nirvana dans son ensemble.

3 Jim Morrison

Floride 1943 – Paris 1971

Some are born to sweet delight
Some are born to endless night

William Blake

« Il y en a qui sont nés pour de tendres délices; il y en a qui sont nés pour une nuit sans fin ». Jim Morrison emprunte ces vers au poète William Blake pour écrire « end of the night » qui figure sur le premier album des Doors. Morrison, le roi lezard, puise son inspiration dans la littérature autant que dans les drogues qui ouvrent les portes de la perception (Aldous Huxley 1954). Il ne craint pas la nuit sans fin : la fin, proclame-t-il, est sa seule amie. Il part la rejoindre dans les toilettes du Whisky a Gogo, rue de Seine à Paris. Son corps épuisé n’aura pas supporté le mélange de l’alcool et d’une héroïne si pure qu’elle tuera nombre de personnes quelques semaines plus tard, dont Pamela Courson, sa compagne et le dealer de celle-ci. Morrison avait 27 ans.

A écouter : LA Woman (1971)

4 Johnny Thunders

Queens NY 1952 – Nouvelle Orléans 1991

La vie n’est qu’une variété de la mort, et une variété très rare

Nietzsche

On ignore la cause précise du décès de Johnny Thunders. On sait qu’il avait, a minima, consommé de la méthadone puisqu’il était dans une phase « clean ». On sait aussi que des individus se sont présentés dans sa chambre d’hôtel, cette nuit de 1991. Au matin, on retrouve le corps sans vie du légendaire guitariste des New-York Dolls. So Alone. Il allait avoir quarante ans, ce qui fait de lui une sorte de survivant vu l’existence foncièrement Sex Drugs and Rock’n’roll qu’il a mené.

A écouter : Too Much Too Soon (1974) avec les New York Dolls – So Alone (1978), un des albums punk rock les plus élégants qu’il soit.

5 Jeff Buckley

Anaheim 1966 – Memphis 1997

Il y a plus de morts que de vivants et ce sont les morts qui dirigent les vivants

Auguste Comte

Ce n’est pas dans l’eau que son père s’est noyé, Jeff Buckley, mais dans la drogue. Jeff avait neuf ans. Tim Buckley est un troubadour de génie. En moins de trois ans, Jeff devient une légende. Voix angélique, guitare aux arpèges à la fois doux et rock’n’roll. Il gagne le respect des plus grands (Jimmy Page) et du grand publique. Ses reprises des Smiths (I know it’s over) ou de Leonard Cohen (Halleluja) sont aussi singulières que porteuses de cette honnêteté rimbalidienne si puissante et si dangereuse. Il ne reviendra jamais de son ultime baignade dans le Mississippi. Il est âgé de 30 ans.

A écouter : Grace (1994).

6 Syd Barret

Cambride 1946 – Cambridge 2006

You reached for the secret too soon,
You cried for the moon

Roger Waters

Syd Barrett est mort de son vivant. Il est devenu immortel de son vivant. Il n’a plus existé de son vivant. Il est le fondateur du groupe de rock le plus influent du vingtième siècle, avec les Beatles. Au sein de Pink Floyd, il écrit et compose « The Piper at the Gates of Dawn » et « A saucerful of secret ». Barrett est un fondateur de l’école psychédelique britannique (avec le Soft Machine et le Matching Mole de Robert Wyatt), quintessence de la pop expérimentale et distinguée des années 60. Les drogues psychédéliques ont eu raison de sa raison. Après un sublime opus solo, The Madcap Laughs, dont est issue la chanson ci-dessus, Long Gone, Syd est vidé de tout. Il passera le restant de ses jours chez sa mère, à Cambridge. L’album Wish you were here de Pink Floyd constitue un hommage du groupe à son créateur.

A écouter : The Madcap Laughs (1970) et The Piper at the Gates of Dawn (1967) avec Pink Floyd

7 Buddy Holly

Texas 1936 – Iowa 1959

La mort vient avant que nous puissions avoir appris à vivre

Bossuet

Aucun autre artiste ne peut se prévaloir d’avoir été repris par les Rolling Stones, Bob Dylan, les Beach Boys et les Beatles. L’avion de Buddy Holly s’est écrasé dans la neige de Clear Lake en février 1959. Le garçon avait 22 ans.  On est frappé par la maturité de son interprétation et la modernité de ses productions. Rien n’a vieilli chez Buddy Holly, le père fondateur du rock’n’roll moderne.

A écouter : The « Chirping » Crickets (1957)

8 Elvis Presley

Mississipi 1935 – Memphis 1977

Les maux désespérés ont des remèdes désespérés ou n’ont pas de remède
William Shakespeare (Hamlet)

Cancer des os ? Malaise cardiaque pour cause d’obésité ? Excès d’analgésiques, d’anti-douleurs, de somnifères ? Le King est retrouvé inanimé dans la « salle de bain » (qui peut aussi être traduit par « toilettes ») de son immense demeure de Memphis. En vain, tout est fait pour réanimer Elvis Presley qui fit du Rock un phénomène culturel mondial. Sa petite fille, Lisa Mary, assiste à la scène. La bedaine du héros a eu raison de son déhanché. Personne ne lui fera reprendre connaissance. A moins qu’Elvis n’ait mis en scène sa disparition, comme le rêvent encore des milliers de fans éperdus.

PS : La phrase précédente peut s’appliquer à chaque artiste de cette page.

A écouter : Elvis Presley (1956)

9 Ian Curtis

Manchester 1956 – Macclesfield 1980

Quand le poète peint l’enfer, il peint sa vie

Victor Hugo

L’existence de Ian Curtis, chanteur darkissime de Joy Division, n’aura duré que 24 ans. Le temps d’avoir été marié cinq ans, d’avoir subi des crises d’épilepsie toujours plus violentes ; le temps d’avoir vu le succès prendre le visage odieux du consensuel. Curtis au timbre ultra-grave. Curtis aux danses épilipetiques, silhouette à la Nicolas de Staël. Et Joy Division qui invente un rock électronique plus glacial et industriel que jamais. Il quitte l’enfer depuis sa cuisine, la corde au cou. Les autres membres de Joy Division deviendront New Order dont le chef d’oeuvre « Ceremony » a été composé par Curtis.

A écouter : Unknown Pleasures

10 Daniel Darc

Paris 1959 – Bastille 2013

Mais qu’est-ce que ca peut faire,
Il n’y a que la ville pour me plaire,
Oh ! j’en ai rien à faire
Juste la ville

Daniel Darc

Quand Daniel Darc a été retrouvé, ce matin de février 2013, au milieu des bières et des médicaments, Paris comprend qu’une partie de son âme vivante vient de disparaître. J’ai vu pleurer des gens qui n’avaient jamais pleuré. Aux origines d’une électro française de qualité avec Taxi Girl, Darc avait traversé les années 80 seringue au bras, de club en palace, et puis, comme un printemps, il avait resurgi au début des années 2000 pour enchainer des albums où l’intégrité punk-rock côtoyait l’exigence musicale et des textes simples et beaux. Darc, toujours en quête d’absolu, dernier poète parisien.

A écouter : Amours suprêmes (2008) et le duo avec Alain Bashung, La taille de mon âme (2011), LA ville.

Allen Meurisse

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