Meat is Murder des Smiths Meat is murder
Rock Alternatif

The Smiths
Meat is murder

C’est pas lounge, les Smiths.

The Smiths

Tu y entres comme dans une maison de famille inconnue. Avec ses photos couleur d’inconnus qui sourient, ces portraits en noir et blanc d’inconnus qui sont morts, des meubles et des teintures dépareillées. Tu sais, d’instinct, que tout çà ne doit rien au hasard. Tu sais que ce parfum, très léger et poussiéreux, est le fruit de décennies, de générations de vie. Tu sais que tout ceci a un sens, mais ce sens est encore dissimulé. Et puis, si tu séjournes là, quelques nuits, c’est la mécanique de cette maison qui t’apprivoise, par petites touches. Tu te mets à entretenir des relations avec ces peintures, cette porcelaine, ces rideaux. Le cliché du grand oncle te parle. Un mot ou deux. Chaque matin quand tu t’éveilles dans ce qui fût sa chambre. Le parfum devient familier ; et la maison te gagne, parce qu’un morceau de ta vie a dansé avec elle. Tu lui appartiens pour toujours.

La musique des Smiths fonctionne comme ça. A la première visite, tu es plutôt dans l’étonnement face à cet univers étrange et faussement monochrome. C’est pas Lounge, les Smiths. Tu n’es pas reçu avec un grand sourire et des Roche d’or. Morrissey et Marr ne t’envoient pas un refrain Youkaiadi Youkaida en moins de 40 secondes pour que tu hoches la tête. Marr et Morrissey sont des types sérieux et très ambitieux. Ambitieuses, les paroles du Moz, ambitieuses les grilles d’accords de Johnny Marr, ambitieuse la voix absolument unique de Morrissey, ambitieuses les mélodies, ambitieuse la production et ce reverb à la fois 80s et nullement démodé.

Ah, ma chère petite, tu ne me remercieras jamais assez de t’avoir fait écouter les Smiths… pour peu que tu passes cet examen de passage, que tu habitues ton oeil à leur obscurité. Ah, tu verras, tu verras, quand tu discerneras cette beauté flibustière et la sensualité réptilienne de leurs circonvolutions. Tiens, me voilà qui songe à cette peinture de Cyprien Tokoudagba.

Cyprien Tokoudagba

That Joke Isn’t Funny Anymore

On trouve deux morceaux essentiels sur Meat is Murder. La chanson titre, que Morrissey chante encore sur scène, trente ans plus tard, plaidoyer sans retenue contre la consommation de viandes animales. Et puis il y a That Joke isn’t funny anymore. Du pur Morrissey. Le thème du rejet, de la solitude et du sentiment de ne jamais être compris. D’ailleurs, peu de personne, à part son public ultra-loyal, ne sont parvenu à comprendre Morrissey. Mais on en reparlera un autre jour.

I’ve seen this happen in other people’s lives
And now it’s happening in mine

Prends soin de toi, cocotte. Fais l’effort d’écouter. Meat is murder n’est pas l’album le plus facile, mais si tu consens à l’arpenter, c’est un continent nouveau qui va s’ouvrir à toi.

Un petit dernier et j’y vais.

Allen Meurisse

Note : 4/5

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