Love on the Beat de Serge Gainsbourg Love on the beat
Funk électrique

Serge Gainsbourg
Love on the beat

Gainsbourg, visage de la France

gainsbourg

Salut, petite. Love on the beat est sorti en 1984 : déjà, hélàs, la dernière partie de l’odyssée musicale d’Ulysse Gainsbourg. SON OF A BITCH.

Odyssée musicale

Il a traversé avec élégance l’âge d’or de la chanson française de la fin des années 50 (du chant à la une). Il a sublimé le rock des temps yéyés (Initial BB, Bonnie and Clyde). Il a mis au point une pop d’un raffinement inédit (L’histoire de Melody Nelson, L’homme à tête de choux). Il a popularisé le reggae de Sly and Robbie (Aux armes etc…).

Génie protéiforme

Monsieur est un génie musical glouton, affamé, sans limites. Une plume de grand poète. Un humour tranchant et provocateur. Une dégaine et une existence de Dandy. Noctambule, alcoolique, amoureux perpétuel, faussement grossier, authentiquement sensible. Gainsbourg c’est Charles Baudelaire qui chante, c’est Arthur Rimbaud qui n’a pas mal vieilli, c’est Frédéric Chopin émerveillé devant les champs grands ouverts de la musique moderne.

Un français debout

Gainsbourg est français, jamaïcain, anglais, juif, américain, de droite et de gauche, anarchiste, conservateur et jeuniste, exhibitionniste et pudique, très laid, très beau, grossier et précieux, sale et parfumé, radical et grand publique, misogyne et féministe, LIBRE. C’est con à dire mais LIBRE. Indompté, debout, devant les militaires d’extrême droite comme devant le public assoupi de Maritie et Gilbert Carpentier. La marseillaise, il la tord puis l’interprète a cappella. Et tout çà prend sens; le sens de l’Art.

Gainsbourg est le visage de la France.

Love on the Beat, révolution électrique

Love on the Beat, un coup d’épilepsie synchrone

Gainsbarre ouvre le bal sur ce titre sexuel et cru. Au loin – pas si loin – ce serait pas Bambou qui gémit brutalement ? L’ambiance est aussi électrique que dans le Tutu de Miles Davis. Serge s’est rendu au States pour aller piquer Billy Rush à Southside Johnny et son groupe, The Asbury Jukes. L’homme aux grandes oreilles s’est épris du disque Trash it up (1983) où Billy Rush est bassiste, guitariste et arrangeur. La pop, funky, est enrobée de synthés et de rythmiques très innovantes pour cette époque, quelque part entre Prince et la Cold Wave. Gainsbourg va pouvoir lâcher ses (per)vers dans cet écrin moderne et sensuel.

Une décharge de six mille volts
Vient de gicler de mon pylône
Et nos reins alors se révoltent
d’un coup d’épilepsie synchrone

Sorry Angel, faux cynisme

Ma puce, ce titre est poignant. Désespéré. Tout le personnage de Gainsbourg se dévoile dans ce « c’est moi qui t’ai suicidé, mon amour ». Faux cynisme. La détresse dissimulée derrière l’humour noir, le jeu de mot, comme un écho au classique « je t’aime, moi non plus ». La mélodie vocale interprétée par les frères Simms est bouleversante. Sorry Angel. La voix pathétique des anges.

Love on the beat

Kiss me hardy, sublimes frères Simms

Comme le montre la superbe pochette du Vinyle, le thème de l’ambiguité sexuelle est au coeur de cet enregistrement. Gainsbourg se présente torse nu, maquillé comme une femme ou un travesti. Ses ongles sont longs, manucurés. La photo est en noir et blanc, il fume. Seule sa bouche est en couleur, du rouge.

Les choristes aux voix androgynes sont les frères Simms. Ils travailleront plus tard pour Madonna, David Bowie, Céline Dion, INXS et j’en passe. Avec Gainsbourg, ils révolutionnent le rôle de choriste, le propulsant à l’avant-scène. La mélodie, c’est eux, le texte, le phrasé, c’est lui. Le morceau est un dialogue entre leurs vocalises envoûtantes et le saxophone en liberté. Ne te prive pas du Live au Casino de Paris (1986) où ils excellent.

No comment, l’interview selon Gainsbarre

N’étant jamais mieux servi que par lui même, l’homme à tête de chou s’adonne au jeu de l’auto-interview. Il donne libre cours à sa libido verbale.

Si j’ai quoi ? affirmatif
Et quoi d’autre ? no comment
Si j’aime ça ? affirmatif
quel côté ? no comment
Peut importe affirmatif
c’que j’préfère ? no comment
Obsédé ? affirmatif,
Sexuel.

N’est-ce pas parfaitement charmant ?

Lemon Incest, Charlotte & Chopin

Apôtre baudelairien des beautés vénéneuses, Serge Gainsbourg parvient à hisser au sommet des hit-parades (deuxième position en 85-86 – 500 000 singles écoulés) cette mélodie inspirée de l’étude no 3 en mi majeur opus 10 de Chopin intitulée « Tristesse ». En duo avec sa fille, Charlotte Gainsbourg, alors âgée de treize ans, il chante « cet amour que nous ne ferons jamais ensemble ». Le scandale est au rendez-vous, les bonnes gens se complaisant à confondre la fiction, le fantasme et le réel.

Love on the beat est-il le chef d’oeuvre de Gainsbourg ?

Un pied dehors, Un pied dedans

Telle est la devise des dandy. Alors, jusqu’où aller chercher la beauté ? Un pied dehors, un pied dedans. A cheval sur la limite. Au dessus des moralités et des immoralités. Là où çà chauffe, chatouille ; là où çà gratte. Seuls les grands stylistes peuvent parvenir à cet équilibre incandescent sans perdre leur élégance. Seuls les grands stylistes sont armés pour ce voyage sur les rives de l’Acheron.

En maître des mots, des ambiances, des tonalités, Gainsbourg s’affranchit des ambiguïtés en évoquant le viol, l’homosexualité, l’obsession libidineuse et l’inceste. Il réalise un objet sonore pure à la beauté limpide. Il joue des limites sans jamais se salir les doigts.

Aucun doute, Love on the Beat est un des sommets de l’oeuvre si riche de Gainsbourg.

Post Scriptum

L’accueil réservé à son roman, Evgenie Sokolov, fut plutôt glacial. Heureusement, il y a Bernard Pivot. Regarde cette interview datée de 1980.

Maintenant, tu m’excuseras, c’est l’heure de l’apéro.

Ma religion.

 

 

Allen Meurisse

Note : 4.9/5

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