LA Woman par The Doors LA Woman
Blues Rock

The Doors
LA Woman

L.A, Venise des solitudes et des lumières.

jimbo morrison

Darling, peu d’endroits auront tant fait rêver que la Californie. Vaste, verte, désertique, des forêts aux arbres immenses, des plages. San Francisco, Los Angeles, l’autre mythe américain, la ville sans fin, écrasée de soleil triste. Des héritières cokées, qui se baignent dans leur vide existentiel ; Bret Easton Ellis. La nuit, les autoroutes, les belles starlettes, sacrifices humains au Dieu des gloires insensées ; David Lynch. Le patron, Bukowski, l’humanisme aigu, le dérisoire sous la douleur, la poésie la plus pure. Hollywood, le train fantôme, le cimetière des chefs d’oeuvre d’hier, vieille bourge occupée à roter des blockbusters insignifiants. Los Angeles est assise sur une faille sismique. Condamnée, Venise des films noirs, des polars, Venise de l’insoutenable vacuité de l’être, des flingues, des caisses, du Whisky, Venise des solitudes et des lumières. Astre mort.

Combien de grands poètes se sont incarnés en Dieux ?

Venice Beach, berceau des Doors qui réalisent ici leur ultime album avec Jim Morrison. Jim. Jimbo. Mon frère. Qu’importe le temps ; ce qui compte c’est la perception du temps. En ce sens, la chemin de Morrison avec les Doors fut très long. 1965 – 1971 : Un siècle. Combien de grands poètes se sont incarnés en Dieux ? Morrison, le chaman, se présente ici grossi, épuisé. Un siècle d’orgie, un siècle à ne pas tricher, à pactiser avec l’essence. Un vieillard désabusé de 27 ans réalise son rêve : un album de blues. Sa voix, plus grave et solennelle que jamais, scande ses contemplations qui sont des histoires, des films. Riders on the storm, LA Woman, sont des textes en mouvement, des travelling dans la lumière, les rues, les routes et la poussière.

LA WOMAN, lendemain de cuite.

Ce disque est remarquable de distance, d’élégance. Ce n’est pas du blues de complainte ou de revendication. Tu es, chérie, je me répète, dans la contemplation. Assise en terrasse, neutre, genre petit matin, lendemain de cuite. Sous tes yeux, la vie se déroule, simple, pure, vaine, magique, sans tristesse et sans joie. Tu n’es plus ici pour réfléchir, considérer, analyser, penser. Le souvenir des lumières de la ville, cette nuit. Le désert, là bas, pas loin, un tueur en série qui erre et lève son pouce au bord de l’autoroute.

Combien de grands poètes furent aussi bien accompagnés ?

C’est la première fois que les Doors font appel à un bassiste, Jerry Scheff, connu pour avoir accompagné Elvis Presley et Bob Dylan. Il intervient sur « Love her madly » et « The changeling », entre autres. Manzarek, Krieger et Densmore font un pas de côté. Ils ont changé de formule. LA Woman est leur disque le plus produit, peut-être le plus ample au niveau sonore. Rassure toi, mon bijou, Densmore garde son toucher aérien ( j’aurai tellement aimé qu’il buffe un jour avec l’ami Ron Asheton des Stooges), la guitare de Robby Krieger, la colonne d’écaille des Doors, le vrai totem reptile, est si claire, si inspirée et son dialogue avec les claviers de Manzarek, le grand manitou, n’a rien perdu de son charme… ni le jardin de son éclat. Jamais deux musiciens n’auront nourri un échange aussi particulier, si parfait, si sensuel. Combien de grands poètes furent aussi bien accompagnés ?

Riders on the storm

Pardon si je n’ai pas placé de cocasseries. Pour moi, les Doors, comme Carla : c’est du sérieux... et puis nous sommes aujourd’hui le 14 novembre 2015. Paris est en silence. Sidérée. Un amour de ville. Vivent les bobos inoffensifs et mort aux cons.

 

 

Allen Meurisse

Note : 5/5

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