Concerto en sol de Ravel par Martha Argerich Piano Concertos
Concerto pour piano

Maurice Ravel
Piano Concertos

Ravel, c’est un nom.

Maurice Ravel et son visage

Il est tout seul. Avec son crayon ou sa plume, souvent un piano. Pendant des semaines, il va composer dans ce presque silence. Sans parler à quiconque, sans que jamais autrui n’intervienne dans le processus. Il élabore des mondes sans parole où des dizaines d’instruments, à corde, à vent, vont être les pinceaux et les couleurs, le mouvement et l’espace autour, le devant de la scène et le grand décor de cette fresque musicale : le concerto pour piano en sol. Il n’a pas de visage, Ravel. On ne trouve pas, sur Youtube ou ailleurs, les meilleurs moments de son passage à Tout le monde en parle. Ravel, c’est un nom. Associé à son Boléro. Associé à des établissements scolaires. Associé au livre éblouissant que lui a consacré Jean Echenoz. Il n’a pas de visage, il n’a pas de voix. C’est une idée, Maurice Ravel. Un esprit tout seul dans son cabinet d’écriture musicale.

Martha Argerich a un visage.

Martha Argerich

Martha Argerich a un visage ; sublime. Elle est un corps, des mains, une posture. Une certaine façon de respirer, de se pencher sur le piano. Regarde moi ce petit sourire ironique. Ah, prodigieuse Martha ! Ne sois pas jalouse, l’intelligence des femmes a sur moi les mêmes effets que leur beauté. C’est pas peu dire. Elève de l’immense Arturo Benedetti Michelangeli, bardée de récompenses, megastar internationale. Son interprétation du concerto en 1988, avec le London Symphony Orchestra que dirige encore Claudio Abbado, est une performance stupéfiante.

Adagio assai

A l’issue du premier mouvement, l’Allegramente, vaste fanfare de conte de fée à la Lewis Caroll, débute cet Adagio assai aussi poignant que délicat. La pièce commence en piano seul, avec cette atmosphère de petit matin à la Satie. Progressivement, la mélodie se fait plus émouvante et soudain, surgissant de nulle part, pas un aigle noir, mais une flute déchirante. Le dialogue entre le piano et la flute, bientôt rejoins par les cordes, graves, superbes, donne lieu à une escalade émotionnelle comme il en existe peu. Un sommet. Au sens littéral du terme, bouleverser signifie « faire tomber en boule » et bien Ravel me fait tomber en boule, tu vois ? Intérieurement, s’entend. Cet adagio me soulève le coeur et c’est agréable.

Terreur de l’ennui et de l’introspection

Dans le rue, les gens parlent plus qu’auparavant ; mais ils parlent tous seuls, on dirait. Bluetooth, Smartphone. Mais que se disent ils aujourd’hui qu’ils ne pouvaient se dire hier ? Si ce ne sont que bavardages, piaillements, bruit, alors que cherchent ils à fuir ? Qu est ce qui peut bien se cacher derrière cette terreur de l’ennui et de l’introspection ? Quelles sombres angoisses cherchent ils à faire taire, qui s’agitent dans le silence de leurs cortex ?

N’aies pas peur du silence, toi, ma petite chérie. Cultive ton ennui. Il est précieux ; c’est le sévère parrain de ta liberté.

 

Allen Meurisse

Note : 5/5

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