Chants d’Auvergne par Kiri Te Kanawa Chants d'Auvergne
Musique française

Kiri Te Kanawa
Chants d'Auvergne

Joseph Canteloube et la bergère auvergnate

Auvergne

En gros, un soir, Joseph Canteloube digère mal son endive au jambon ou je sais pas quoi : le digestif ne passe pas, ou la conversation à table le saoule plus que le vin… en tous cas, il se lève, la nuit tombe, il part gambader dans sa chère montagne d’Auvergne.

Il bosse depuis des mois sur son grand projet : orchestrer les plus jolis chants folkloriques de sa région.

Et là, accroche – toi bien, il entend la bergère, sur un coteau à l’ouest. Elle chante une mélodie exquise bien que fort mal interprétée : trop rapide et bien faux. Joseph est musicologue ; en 1903, les musicologues n’aiment pas trop qu’on rigole avec la justesse. La gamine, on peux pas lui en vouloir : elle se croit toute seule dans la montagne, pas à la staraque, bien qu’elle chante pour des moutons. Tout de suite, Canteloube se dit : il faut que je note cette irrésistible rengaine. Ni une, ni deux, il sort son carnet, lisse ses fameuses petites moustaches et retranscrit ce qui restera, pour l’histoire, la perle de ces chants d’Auvergne : Baïlèro.

Quatre vingt piges plus tard, Kiri Te Kanawa, la belle Maria de Carreras dans le West Side Story de 1984, et l’English Chamber Orchestra vont rendre hommage à la petite bergère.

Joseph Canteloube

André le sorcier

Quand mon ami André va aux champignons, c’est pas pour faire des omelettes. De toutes façons, il n’a pas de poules. Il vit dans la montagne, en solitaire. Sa cabane est recouverte de plantes sauvages. Le toit aussi. A bien regarder son intérieur tout brun de mousses sèches, de cendres et de feuilles, on se dit : ça pue. Faux. Ça sent même pas le renfermé. Une bonne odeur de bois brûlé, d’épices et d’oignon.

sorcellerie

André est un sorcier. Un vrai. Du genre à dealer avec Satan, tu vois. Il partage avec le Malin cette rancœur terrible pour un Dieu tout puissant. Pas ma came, philosophiquement. Comme décrit en 1853 par Charles Louandre : « Dans la sorcellerie […] le démon est asservi à la volonté de l’homme; il se met au service de ses haines, de ses passions ». Donc, ce bon André est perché là-haut, tout seul, à se chamailler avec des puissances terrifiantes et virtuelles.

Ceci étant dit, il est très charmant, pas plus dangereux qu’une tasse en porcelaine dans un magasin d’éléphants. Moi, c’est son côté Chaman qui me plaît bien. Il est onguents, concoctions, baumes, inhalations de fumées, de vapeurs, liqueurs.

Baïlèro à la pointe du jour

Il a mis la cassette avant le levé du jour. Comme toute personne vivant dans l’isolement, il est bavard. On avait passé la nuit à boire quand il a préparé cette infusion à base de champignons. Il m’a dit : tu vas voir, ça détend ! C’était pas la moindre des vertus du breuvage. J’étais avachi sur une sorte de table en bois, devant cette cahute qui dominait la vallée. Je ne me rappelle plus avoir cligné des yeux. L’obscurité s’estompait, l’English Chamber Orchestra de Jeffrey Tate m’a caressé les oreilles. Les détails des arbres, tout autour et très loin, se sont mis à s’agiter doucement. Tout prenait sens. Paisible. Et puis Kiri Te Kanawa est arrivée. La voix chaude et déchirante. Le refrain de la bergère était devenu une complainte féérique. L’ombre perdait du terrain sur les rares clairières. Les nuages faisaient pâle figure devant l’astre adolescent. Ce sont elles, les sorcières ! Dame Janet Baker ! Susan Graham, Joyce Di Donato, Kiri Te Kanawa ! Ce sont elles qui offrent au bourgeois la révolution intérieure et ce sont elles qui ouvrent au pauvre bougre les fenêtres de l’infini ! Ce sont elles qui déchirent le concret, paralysant et galvanisant, d’un même geste, l’espoir et la perspective d’autre chose que tout çà.

Sensualité,
Ennemie du mouvement et de l’immobilité,
Epargne moi, surtout
Ne m’épargne pas.

Kiri Te Kanawa !

Un patronyme en forme de cri de guerre.

Le dernier hurlement du Kamikaze.

L’incantation d’un cercle d’inconnus en capes, au fond des bois et de la nuit.

Je te salue, petite ; pense à moi.

Allen Meurisse

Note : 4/5

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