10000Hz Legend de Air 10000Hz Legend
Electro Pop

Air
10000Hz Legend

Grondait déjà la folie sourde

Déjà, Moon Safari, en 98, m’avait ravi les esgourdes. Pas autant Sexy boy et Kelly watch the stars (pépites électro-pop au demeurant ) mais les autres morceaux, plus longs, plus fous où, tapie sous une feinte légèreté, grondait déjà la folie sourde. Puis il y eu Virgin Suicide, monstrueux, tout en clair obscure angoissé et mélancolique. Ces opus feront l’objet d’autres verbiages, t’inquiètes.

Air Cover

Kraftwerk à mèches versaillaises

C’était au croisement des millénaires ; au tournant du siècle. J’étais aux states, darling ; voir un de ces enfants que les marins ont dans chaque port. En ce temps là, 56k c’était maousse. C’est pourtant en MP3 que je reçu ce troisième (et demi) opus de nos Kraftwerk à mèches versaillaises. Autant te dire que çà a pris la nuit. Un morceau toutes les heures, en gros. A l’époque, la première vertu de mes clopes n’était pas la nicotine. Associé à quelques subtiles doses de bourbon, j’étais d’humeur affriolante. Et puis ma chambre donnait sur la ville et, comme dirait Boringer : c’est beau une ville la nuit. Richard, mon pote, mon frère, mon tout petit.

Bref, j’étais dans le mood, et j’écoutais chacune des pièces de ce merveilleux puzzle, en boucle, au gré de leur arrivée aléatoire sur le grand réseau encore en friche.

People in the City

Ils sont punk en fait, les mecs de Air

People in the city, je me rappelle, je me souviens ; c’est la première qui s’est extirpée du modem.Toute frétillante. Le son ; tout de suite.  Signé Nigel Godrich, producteur d’OK Computer, l’album culte de Radiohead. La clarté inouï de chaque son. L’ironie blanche du leitmotiv :

Moving, Watching, Working, Sleeping, Driving, Walking, Talking, Smiling

Le vingt et unième siècle ouvrant ses larges cuisses épilées. Tout y est : la systématisation à outrance, l’optimisation, la normalisation, et ce « smiling » : la dépression. Grâve. Welcome to the machine. Chiotte de siècle.

L’amplitude rageuse du laser, dans la seconde partie du morceau, illustre cette mécanique du cauchemar. Ce mal qui ronge en silence le nouvel ordre sanitaire qui s’installe partout. Un jet de vomi sur la vitrine de noël. Ils sont punk en fait, les mecs de Air.

Surgi simultanément du profond et du kitsch

Plus que dans aucun autre de leurs disques, Jean-Benoît Dunkel et Nicolas Godin jonglent avec les sonorités et leurs couleurs. Des sculpteurs d’ambiance. Ils touchent ici au degré sacré, celui de l’absurde, quand tu ne sais plus vraiment s’il faut rire ou pas : le 1,5 ème degré. La beauté pure d’un morceau comme Radian surgit simultanément du profond et du kitsch. La rencontre basse électronique, arpèges (délicieux) de guitare sèche et nappes chiadées au possible est un spectacle jouissif : How does it make you feel ? est une promesse de trip en suspension, Luck and Unhappy est une électro-balade mélancolique et bondissante, Sex Born Poison apparaît comme un opéra dramatique nippon à l’envergure énorme.

Wonder Milky Bitch


Wonder Milky Bitch est un chef d’oeuvre. Le plus court des bons westerns. Un hommage à Tex Avery et Enio Morricone au début, avec cette voix outrageusement pitchée dans les graves, et puis l’envolée finale. Souffle épique, choeurs héroïques, cordes hollywoodiennes.

2001. Déjà loin. De plus en plus si j’en crois l’horloge numérique. 10 000 hz ne vieillira jamais. Toi non plus. C’est une parcelle d’extase. Toi aussi.

Bonne nuit.

Allen Meurisse

Note : 5/5

Si vous aimez 10000Hz Legend par Air, merci de
Partager ce billetx fermer

Vous êtes invité à partager sur Facebook ou sur Twitter

D'autres critiques Electro Funk Jazz ici :

Plan du site